Journal

5 mai 2020, Paris 20e.

Des photos, j’en ai prises pas mal depuis une vingtaine d’années. Certains jours plusieurs dizaines, certaines périodes aucune, pendant des mois. Commencé bien sûr par la pellicule, avec le boîtier Pentax de ma mère et un 50. Jamais vraiment de tirages, mais toujours des bandes tests, moins cher, et ça évite de choisir une photo à tirer plutôt qu’une autre. Toujours aimé l’accumulation, moins le choix. Je rangeais mes bandes test découpées dans une vieille malle du Sri Lanka. Et puis le numérique, parfait pour l’accumulation. Cent soixante quinze mille photos numériques, entre 2004 et maintenant, sans compter les dizaines de milliers perdues par les disques défaillants.  Et puis les limites de l’accumulation, la confusion. Impossible de tracer les bonnes lignes dans tout ça, impossible d’affronter autant de photos dans un catalogue numérique, plein de souvenirs et de mots-clés, d’émotions profondes et de catégories, de relations et de sélections inachevées. Pour me libérer de ça, un journal, jour à jour, semaine à semaine ou  mois à mois. Sans autre exigence que d’y mettre un jour, une semaine, un mois complet à chaque fois, et  tout voir se reconstruire, pour voir les lignes apparaître. La seule chose dont je suis sûr c’est que ce plaisir, cette peur diffuse, cette fascination des autres, des objets et des murs qui les entourent que j’ai ressenti dès les premières photos, je les ressens avec la même intensité pour les dernières, elles sont toujours les premières.

Voici mon journal. Le dernier moment ajouté est en rouge.

L'indispensable autoportrait dans le miroir du jeune photographe. Novembre 1999, Abbesses, Paris 18e
L'indispensable autoportrait dans le reflet. 13 juillet 2004, Paris.
L'indispensable autoportrait dans le noir. 7 juillet 2019, Montreuil.